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 Situation tragique des enseignants de FLE-FLS

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Jacques
Invité



MessageSujet: Situation tragique des enseignants de FLE-FLS   Mar 18 Avr - 14:31

Travailleurs jetables après usage : les enseignants en FLE-FLS

Chantal Forestal, Maître de Conférences,
HDR en Didactologie des Langues-cultures
Membre de la CA du SNESUP,
Présidente du collectif FLE-FLS.


Le cas particulier du FLE-FLS est exemplaire dans le mauvais sens du terme. Il préfigure un enseignement à la merci de l’économie libérale et des enseignants pieds et poings liés, qui à la moindre fluctuation du marché seront expulsables et jetables comme le sont hélas aujourd’hui beaucoup d’enseignants de notre secteur et bientôt les travailleurs d’une « immigration utile » si le projet de modification du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, CESEDA, examiné par l’Assemblée Nationale à partir du 2 mai, est adopté.


Qui sont-ils?
Des enseignants qui travaillent depuis des décennies sans statut et souvent sans contrat à l’étranger dans les centres culturels français, les Alliances françaises; en France dans les centres universitaires, les centres et écoles de langue, les organismes de formation linguistique pour l’insertion professionnelle des immigrés qui ont entre 16 ans et 65 ans (CRI, CIMADE AEFTI ) les structures d’accueil des publics jeunes (CLIN , CLA ,CLA- ENSA ) publics venant ou venus de l’immigration dans le primaire, le secondaire (soit 40 000 primo -arrivants par an et 12°/° des effectifs scolaires).

La situation à l’étranger

Bien que le gouvernement français s’intéresse peu à la francophonie, les discours politiques répètent inlassablement qu’il est urgent de défendre la langue française, le plurilinguisme (dans les instances européennes, dans la recherche) la diversité culturelle face à la montée considérée comme menaçante de l’anglais, du monolinguisme, de la culture unique. On a même appris que le 23 mars au Sommet de Bruxelles, Jacques Chirac et deux de ses ministres ont quitté brutalement la séance parce que le baron Ernest –Antoine Seillière, actuel président de l’Union des industries, s’est exprimé en anglais. On aurait aimé qu’il réagisse avec autant de détermination à la fermeture programmée de nos instituts en Europe. Quelques exemples : à Noël fermeture de l’Institut français de Vienne au moment où l’Autriche prend la présidence européenne, en Grèce en 10 ans la France a fermé 26 centres culturels sur les 30 existants, en Allemagne les instituts français ferment les uns après les autres. Tout se passe comme si les autorités françaises se désengageaient de la politique linguistique et culturelle sur le terrain. En fait lorsque la promotion du français à l’étranger est abordée et les actions culturelles mises en avant, la vraie francophonie c’est notre haute technologie, celle de TV5, de RFI, les industries culturelles. Le domaine pédagogique est oublié et avec lui, les défenseurs ordinaires (au quotidien ?) de notre langue : les enseignants de FLE et pour cause. En effet les statuts et les postes que l’on propose à l’étranger aux intervenants de FLE sont soit des contrats locaux à 250 euros par mois, soit de faux contrats locaux offerts le plus souvent par les services culturels français eux-mêmes par le biais de conventions de stages courts signées entre les universités françaises et les universités étrangères, ou par le biais du volontariat national ou par le biais des stages longs du MAE qui emploient les enseignants de FLE et qui considèrent ne rien leur devoir après s’être servis d’eux pendant un an ou deux. Bien plus, ces professeurs qualifiés qui ont suivi une formation Bac + 5 se voient damer le pion à l’étranger dans nos instituts et nos lycées français par des profs de mathématiques quand ce ne sont pas les femmes d’expatriés sans qualification à qui l’on donne la priorité. Combien d’étudiants stagiaires de la maîtrise FLE ou de stagiaires des masters professionnels assurent à l’étranger, dans le cadre de stages longs du ministère ou dans le cadre d’emplois locaux (à 300 euros par mois), non seulement des cours aux étrangers mais également des cours de formation de formateurs de français dans les pays d’accueil. On imagine les raisons de cet oubli des acteurs du domaine pédagogique. Cela permet au gouvernement de faire de substantielles économies en ne créant pas de postes, en n’ayant à payer ni retraite, ni congés maladies, ni allocations chômage. Le budget de la francophonie, lit-on dans le rapport du Sénat de Louis Duvernois, n’est pas identifié. S’il n’est pas identifié c’est parce qu’il n’y a pas intérêt à ce qu’il le soit. Peu importe dès lors ces faits ressentis par les intéressés comme des humiliations, dénégations et dévalorisations professionnelles.

En France :

La situation n’est guère plus enviable. Ainsi les intervenants du FLE-FLS appelés à intervenir dans l’ensemble du système éducatif sont majoritairement des hors-statuts et des précaires que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé. La plupart des enseignants de FLE sont soit sous contrat à durée déterminée, soit à temps partiel, soit sans contrat quel que soit le nombre d’années d’ancienneté.

- Dans le public, le cas des centres de FLE à l’Université :
On peut commencer par mentionner le fait que la quasi-totalité des centres d’enseignement du français pour les étudiants étrangers sont bien souvent des excroissances des établissements et qu’ils fonctionnent sur un statut hybride de privé et de public avec des personnels vacataires /contractuels/externalisés dont le statut ne relève ni du public, ni réellement du privé.
Voici l’exemple très représentatif d’un enseignant de FLE et de son évolution de situation à l’Université de Provence : Mr « X » est employé depuis 6 ans avec deux maîtrises en langue vivante étrangère dont une maîtrise de FLE (et un stage du MAE). Il a tout d’abord été employé directement par l’université sur un statut d’IATOS qui ne correspond ni à sa fonction ni à son travail. Il a fallu gonfler les heures, multiplier les fausses missions pour atteindre le salaire minimum convenu, sans compter la difficulté d’obtenir un bulletin de salaire en cas de maladie, l’absence du droit au chômage, l’absence de congé payé. Afin de ne pas être dans l’obligation de l’intégrer sur un CDI ou de lui reconnaître un statut, l’université, il y a trois ans, a fait un recours illégal à une société prête-nom. Sur les contrats figurent désormais différents lieux d’intervention « bidons ».
NB : côté étudiants, il faut le souligner, la dimension financière ne peut être ignorée. Ainsi les frais de scolarité des Chinois ont triplé en l’espace de 6 ans (1500 euros en 2000, 4500 euros aujourd’hui) sans que rien n’ait changé au niveau des prestations offertes, de l’accueil et de l’encadrement.
Les universités en France, comme le MAE à l’étranger, sont des viviers de diplômés FLE en situation de précarité permanente quelles que soient leur formation et la compétence acquise sur le terrain par des années d’expérience. Il leur a été dit que s’ils avaient l’intention de remettre en cause la situation qui leur est faite, le centre d’Aix se transformerait en stage de fin d’études pour les étudiants de la filière FLE.

Les centres universitaires de FLE, qu’ils soient sous un statut de service commun (comme c’est le cas à l’Université de Provence), ou assimilés à un département, sont tous condamnés à fonctionner en marge des règles de la fonction publique et sont depuis des décennies des foyers d’emplois précaires. Un chiffre que je tiens à rappeler est très révélateur de cet état de fait : 68°/° des personnels sont des « saisonniers permanents », payés à l’heure et révocables à merci sans aucune indemnisation ni de droits réels aux allocations chômage.

Dans le privé on constate une succession à l’infini de CDD « bidouillés », jusqu’à 8 par an, ou des CDII (contrat à durée indéterminée intermittent) qui peuvent varier de 10 à 700h de façon à « légalement » ne pas avoir à s’engager vis-à-vis des intervenants. La variété des statuts et des situations entraîne la variété des charges de travail de l’ordre de 25, 26 à 27 heures hebdomadaires et sans aucune reconnaissance de l’ancienneté dans le service. La rémunération horaire plus qu’insuffisante est elle-même très variable : de 11 à 15 euros bruts de l’heure. Voici un exemple de revenu : Mr « X », salarié rémunéré à 16,77euros de l’heure gagne pour 17h 30 de cours par semaine, 1069 euros par mois. Un enseignant de FLE a généralement 3 ou 4 employeurs différents. Il s’agit d’une situation courante. Le professeur en contrat dans une école doit être disponible de 8 h à 22 h, sans garantie d’avoir des cours, les horaires pouvant varier d’un mois à l’autre.

Dans le domaine de l’intégration des populations issues de l’immigration dont l’un des avant-postes est la formation linguistique, nous sommes face à un démantèlement des rares acquis réalisés dans ce domaine, grâce en particulier au FASILD (fonds d’action et de soutien à l’intégration). Les nouvelles mesures gouvernementales mettent en péril le champ de la formation à visée insertion et inquiètent une fois de plus les professionnels du FLE. La volonté actuelle d’appliquer à ce secteur le code des marchés publics de manière stricte et la création d’une Agence nationale déstructure les réseaux de formation qui jusque là agissaient à partir de réseaux associatifs et visaient une formation linguistique avec accompagnement de parcours d’insertion.
La qualité de la prestation offerte est sérieusement remise en cause si l’on considère que le premier critère est le prix global de la prestation, alors que la capacité d’adaptation en fonction des flux de stagiaires, des besoins intrinsèques des publics devraient être déterminants (cf. thèse de Sophie Etienne ). Plusieurs centaines d’associations travaillant depuis des dizaines d’années auprès des populations immigrées risquent de disparaître après cette opération de casse du FASILD et avec eux nombre de professionnels du FLE-FLS considérés comme économiquement « obsolètes ». « A titre d’exemple, plusieurs AEFTI n’ayant pas obtenu le marché FASILD ont dû licencier nombre de formateurs. L’AEFTI de la région parisienne est particulièrement touchée puisqu’elle est spécialisée dans la formation linguistique presque exclusivement. Il est difficile pour un organisme de formation d’offrir un CDI à un formateur dans la mesure où la direction n’a pas de certitude quant au financement de ses activités sur le long terme .

Conclusion :

La question du FLE-FLS en France et du FLE à l’étranger doit en effet être replacée dans le cadre plus général d’une politique globale des langues et de leur enseignement. Les dysfonctionnements qui affectent le FLE-FLS, dans le secteur privé (payé au smic horaire, statut d’intermittent) comme dans le secteur public (recours aux stagiaires et à des emplois au rabais) risquent de se reproduire à grande échelle pour les autres langues vivantes étrangères en raison de l’augmentation des besoins en formateurs résultant de l’extension de l’enseignement des langues dans le système scolaire, à l’université et en formation continue. Malheureusement la logique de précarisation est aussi, rappelons-le, une dynamique de division qui s’appuie sur les conflits d’intérêt et les aggrave. La lutte collective n’est pas plus de mise dans le secteur de la formation de base à visée sociale que dans les centres de formation universitaire ou dans les centres de langue privés. Le silence, la neutralité, l’indifférence, la fatalité l’emportent comme si à la sous-prolétarisation de certains publics devait répondre une prolétarisation des enseignants-formateurs. Le réseau AEFTI a participé à une campagne de sensibilisation et de mobilisation sur ces questions, sur la disparition du FASILD, sur l’immigration jetable, elle est à l’origine d’un projet de loi sur le droit à la langue.
Il faut rester vigilant et lutter ensemble contre la précarisation généralisée dans un pays considéré comme un des plus riches de la planète et donc contre le retour à des valeurs archaïques. Avec le projet de modification du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la France deviendra l’un des pays de pointe de l’immigration utile, c’est-à-dire un pays où les étrangers deviendront des outils de la prospérité nationale, jetables après usage et sur ce plan : refus du CPE et refus du CESEDA=même combat.
Nous sommes convaincue qu’il est possible d’intervenir et d’agir sur l’ordre dominant pour l’infléchir partiellement et permettre l’émergence de la parole de ceux qui se taisent ou que l’on n’écoute plus. C’est une question de citoyenneté, c’est une question de choix de société. Lorsqu’on a, comme c’est le cas dans de nombreuses universités en France, une sorte de greffe étrange du secteur privé (le centre de langue sur « ressources propres ») sur le secteur public (l’université) on voit apparaître toutes les aberrations et tares qui se développent lorsqu’on veut associer trop étroitement « enseignement » et « rentabilité » : restriction de la liberté d’expression des enseignants, démagogie rampante, précarisation accrue pour le personnel le plus fragile. Cette situation préfigure ce que sera l’enseignement universitaire de demain qui – on le sent bien – tend de plus en plus à mêler secteur privé, secteur public. Personne ne gagne à transformer les étudiants étrangers (demain tous les étudiants) en purs « clients » et les enseignants de FLE en « prestataires de service » vendant au mieux le produit FLE, au risque de se voir « jetés » d’un service si la rentabilité immédiate n’est pas au RV. « Les cours aux étrangers » constituent un observatoire saisissant de la situation que pourrait connaître demain l’université dans l’ensemble des disciplines. C’est ce chemin que la politique libérale entend faire emprunter à l’enseignement général, cela donne à réfléchir, il y a de quoi s’inquiéter…
La tendance, il faut le souligner, n’est pas à une résorption de la précarité structurelle du FLE-FLS mais tout au contraire à une expansion de la précarisation dans tous les secteurs d’enseignement et à une marchandisation accrue des produits d’enseignement.

Le 26 janvier 2006, nous avons mis en place les Assises professionnelles du FLE-FLS. Suite à ces assises ont été organisés, les 16 et 17 janvier à la Mairie de Paris et au FIAP, les Etats Généraux du FLE-FLS. Ces EG ont engagé une responsabilité collégiale à tous les niveaux. Ils ont permis de fonctionner comme un carrefour où le secteur public rencontre le secteur privé, l’Université le monde associatif (AEFTI, ECRIMED, CIMADE ,CLP, groupement FLE.fr, les employeurs (ADECUEF, IMEF), les employés, les enseignants de l’Hexagone les enseignants à l’étranger. Le Comité d’Organisation s’est transformé en un collectif du FLE-FLS .Ce collectif s’est engagé à agir au niveau local, national, international. Pour être efficace nous avons décidé de nous appuyer le plus possible sur l’existant, et pour cette raison, nous sollicitons avec détermination l’ensemble des syndicats concernés (SNESUP, SNUIPP, CGT, SGEN national, SGEN international) et les associations (ASDIFLE , FIPF , ADFE , ADECUEF GERFLINT…).

Sites officiels :
− http://flefls.free.fr: site officiel d’information générale sur la manifestation.
− http://ww2.mayeticvillage.fr/fle-fls : site de travail du Comité d’Organisation, avec une partie en accès libre donnant les dernières informations sur la préparation de cette manifestation.
− http://fle.asso.free.fr/assises : site regroupant différentes associations de professeurs de FLE-FLES.
- http://fle-fls.forumpro.fr: forum d’information et d’expression mis en place à l’issu des Etats Généraux du Fle-Fls.
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