7 EME SECTION DU CNU :
SCIENCES DU LANGAGE ET DIDACTOLOGIE DES LANGUES –CULTURES.
Pourquoi un nouvel intitulé ? Il nous paraît primordial que l’intitulé des Sciences du Langage atteste symboliquement de l’émergence, depuis les années 80, d’une discipline d’accueil, de soutien et de service concernant la transmission et l’éducation aux langues-cultures.. Par opposition à la linguistique appliquée qui donne la priorité qui donne la priorité à l’objet (réduit à la langue) sur le sujet, la didactique des langues impose la présence du sujet au cœur de sa réflexion et par conséquent aux acteurs concernés par l’enseignement-apprentissage des langues –cultures. Ces acteurs rappelons-le sont des sujets concrets avec leurs particularités (leur histoire, leur culture, leurs représentations,leur projet …) et leur environnement ( leur milieu de vie , la société d’accueil,l’établissement d’enseignement,..). (cf. Robert Galisson et Christian Puren). Ainsi pour prendre l’exemple de notre langue, l’apprentissage du français concerne des publics très diversifiés).
A) Les publics concernés par le FLE-FLS 1- 1) En Francea) Le public de l’intégration scolaire en FranceOn peut distinguer parmi ce public deux catégories différentes : d’une part les enfants français de parents migrants, qui représentent 8% des effectifs scolaires, d’autre part les primo-arrivants, au nombre de 30 000 par an en moyenne.
Les profils de ces derniers, les primo-arrivants, sont en mutation constante. Jusqu’à ces dernières décennies, les migrants étaient majoritairement originaires d’Algérie, du Maroc et de la Turquie, mais ils arrivent maintenant de Chine, d’Afrique subsaharienne, de Mayotte ou encore de Tchétchénie. De sorte qu’aujourd’hui, l’enseignement du français en France s’adresse à un public de plus en plus diversifié à différents points de vue : ethnique, culturel, linguistique, socio-économique.
Scolariser dans une perspective d’insertion dans le système éducatif français implique un réel effort d’adaptation dans trois directions :
1) le soutien aux bilinguismes dès l’école maternelle On peut se féliciter d’une évolution récente du rapport Bénisti qui se proposait d’éradiquer dès la petite enfance de l’enfant étranger, la langue maternelle « le parler patois ». Suite à la réaction immédiate des professionnels didacticiens et linguistes le rapport reconnaît désormais le fait migratoire comme un enrichissement culturel, et − je cite − « le bilinguisme comme facteur d’intégration ». Reste à faire passer ce projet dans la réalité, ce qui exige en particulier un changement des conceptions et pratiques pédagogiques de l’enseignement scolaire du français.
2) la modification des conceptions et pratiques pédagogiquesEssentiellement fondé sur des programmes normalisés qui visent tous les publics de façon indifférenciée, notre système éducatif se fonde plus sur des programmes d’enseignement que sur des programmes d’apprentissage, lesquels par définition doivent s’adapter aux apprenants réels. On peut affirmer, sans aucune intention de polémiquer en forçant le trait, que l'enseignement actuel du dit « français langue maternelle » reste principalement conçu pour des élèves monolingues français, et − si l’on me permet l’expression − « mono-culturels » dans la mesure où cet enseignement est « sous influence », sous l’influence d’un modèle de la langue et de la littérature encore trop formaliste et trop peu communicatif.
Un tel enseignement n'est absolument pas adapté aux besoins diversifiés des publics scolaires actuels dans notre pays (si tant est qu’il l’ ait jamais été dans le passé) pas plus qu’il n’est adapté au projet européen de développement du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Autre idée fondamentale qu’il convient de défendre :désormais l’objectif de maîtrise de l’enseignement du français relève, suivant les élèves, de problématiques diverses se situant sur l’axe langue maternelle − langue seconde − langue étrangère.
On peut également souligner que l’hétérogénéité ethnico-culturelle des élèves agit comme un révélateur de l’hétérogénéité socioculturelle entre les apprenants des catégories sociales peu ou très lettrés, peu ou très dépendants de la culture commerciale, peu ou très familiers de la culture cultivée. On commence à comprendre qu’il faut davantage de temps, beaucoup plus d’activités orales et écrites et qu’il faut repenser les modes d’apprentissage et d’accès à la culture scolaire, afin que la majorité des élèves de l’enseignement de masse maîtrisent correctement le FLE, le FLS ou le FLM.
Face aux défis de la modernité mondialisée, loin de consentir à des formations au rabais, faisons preuve d’ambition et d’imagination pour maintenir voire augmenter les exigences à la fois linguistiques et intellectuelles de l’enseignement de la langue-culture française.
3) L’évolution de l’institution scolaireEntre autres parce qu’elle a hérité d’une culture d’égalitarisme abstrait l’école n’est pas en mesure de gérer la diversité actuelle de son public, et moins encore d’en faire une richesse commune.
Les structures d’accueil actuelles et leur fonctionnement appellent une réflexion approfondie de la part de l’institution universitaire. Il suffit de constater les très grandes difficultés auxquelles se trouvent confrontés les enseignants de CLIN (classe d’initiation dans le primaire), de dispositifs d’Accueil de Collèges et de Lycées, de CRI (cours de rattrapage intégré) ou encore de CLA-ENSA (cours de rattrapage intégré pour accueillir des jeunes de 12 à 17 ans non scolarisés antérieurement). Il est urgent de concevoir et mettre en œuvre une politique globale d’intégration des enfants de migrants.
b) celui de l'intégration sociale et insertion professionnelle. L’Université devrait être également concernée par la formation professionnelle des enseignants-formateurs pour un certain type de public qu’elle a eu tendance à négliger ou à considérer comme marginal.
Il en est ainsi entre autres pour le public de migrants adultes qui comme le précédent est d’une grande diversité linguistique, culturelle, ethnique, économique et sociale et qui évolue constamment en fonction des événements internationaux bien sûr, mais aussi de la politique migratoire française. On sait que les toutes dernières orientations officielles se sont concrétisées dans le « Contrat d’Accueil et d’Intégration ».
Le public des centres de détention pénitentiaires Les estimations actuelles font état de 20 % des détenus qui auraient besoin de suivre un enseignement de français. La convention passée en 1995 entre l’Administration Pénitentiaire, le Ministère de la Justice et l’Éducation nationale a permis la création de véritables structures d’enseignement regroupées en Unités Pédagogiques Régionales. Mais qu’en est-il de la réflexion et de la formation des formateurs dans ce secteur marginalisé à tort par L’ Education Nationale ?
Qu’en est-il réellement de la formation envisagée à court moyen et long terme pour tous ces publics.
Peut-on se contenter de la formation actuelle des enseignants offerte par le CAPES de Lettres classiques ou de Lettres modernes ?
c) Le public des Centres universitairesLes Centres de langue universitaires ou privés en France accueillent un type de public lui aussi très diversifié, à savoir des étudiants étrangers qui veulent acquérir une maîtrise suffisante du français pour suivre une formation universitaire dans notre pays. Ils sont de toutes nationalités, sont venus à des titres différents (étudiants individuels, programmes européens, échanges inter-universitaires,…). Beaucoup d’entre eux ont besoin d’une formation complémentaire en français oral et écrit, qui les familiariserait avec la langue et la rhétorique universitaires des synthèses, dissertations et commentaires.
Dans la plupart des cas il y a méconnaissance de leurs parcours antérieurs, de leurs besoins et de leurs perspectives d’avenir dans leur pays.. Il est de la responsabilité de l’Université de s’interroger par secteur d’activité, par métier, vis-à-vis non seulement des perspectives professionnelles des étudiants, mais aussi des enjeux et orientations politiques de la maîtrise du français et de sa diffusion à l’étranger. Ainsi l’avenir du français langue internationale dans la vie économique et le monde de l’entreprise passe aussi par un partenariat avec les entreprises françaises implantées à l’étranger. Ce qui implique là aussi de s’interroger sur les contenus de la formation et sur la compétence des formateurs. Dans le cas contraire il est à prévoir que les organismes privés (dans le meilleur des cas) prendront le relais.
1.2 Publics concernés par le FLE-FLS à l’étrangerIci encore la question se pose, de toute évidence, de la place du français dans un monde où la compétition pour la puissance économique va de pair avec une scolarisation à deux, trois ou quatre vitesses. Ainsi dans les régions du monde où le français est une des langues officielles se pose la question d’un bilinguisme équilibré, du rapport des langues et cultures dans le système scolaire. L’intégration des langues d’origine représente une chance pour ces langues d’origine et pour le français tant du point de vue de l’enseignement-apprentissage que du point de vue culturel (cf : En nouvelle Calédonie, l’intégration des langues Kanakes à côté du français comme langues d’enseignement et de culture ) .
De même à un moment où l’un des enjeux de l’élargissement de l’Europe devrait être la défense de la diversité linguistique et culturelle on peut regretter que la France se désinvestisse . Les institutions françaises assurant l’enseignement de la langue-culture française ferment les uns après les autres dans des régions entières : c’est le cas en Allemagne ; en Grèce, où la France a fermé en 10 ans 26 centres culturels sur les 30 existants ; en Autriche avec l’arrêt récemment annoncé des cours grands publics de l’Institut français de Vienne, au moment même où l’Autriche prend la présidence de l’Union européenne.
Mini-conclusion :Dans ses missions de coopération, dans ses offres de formation l’ Université ne peut continuer à se désengager de la politique linguistique et culturelle, sur le terrain que ce soit en France ou à l’étranger, ou considérer que ce domaine relève du seul MAE.
Elle est plus particulièrement interpellée sur la question primordiale de la liaison entre la formation universitaire, la professionnalisation, les enjeux et orientations politiques de la maîtrise de la langue-culture française en France et à l’étranger. C’est cette dimension que prend compte prioritairement depuis plusieurs decennies la Didactologie des Langues-cultures .