Compte rendu de la table ronde intersyndicale
du 29 juin 2006
Présents :
- Aschieri Gerard FSU
- Aureil Philippe PARIS CGT
- Bellanger Jean Féd. AEFTI
- Berchoud Marie Dijon, Faculté / IUFM
- Borg Serge Besançon, ADCUEF
- Charton William Nancy, Représentant des précaires Fle
- Dautry Régine ASDIFLE/ spécialiste CASNAV
- Fasoli Solange FERC CGT
- Forestal Chantal Aix Marseille I SNES SUP/ Collectif du FLE/FLS
- Grossman Michel SNES SUP.
- Kaïteris Constantin SGEN CFDT de l’étranger
- Lauton Gérard SNES SUP (BN )
- Lefranc Yannick SNES SUP Strasbourg II
- Lézine Véronique Fle Attaque
- Marechal Isabelle Angers, CIDEF, Université Catholique de l’Ouest, Angers
- Perret Catherine FERC CGT
- Ribot Gérard Montpellier, Groupement des centres de Fle
- Severac Philippe SNUIPP FSU secteur HDF
- Jean Gisèle SNES
ASCHIERI G. (FSU qui reçoit le collectif FLE FLS) ouvre la séance en rappelant les objectifs de cette réunion :
la réflexion, l’élaboration de propositions et l’action en vue de faire pression sur le secteur institutionnel et les pouvoirs publics. Il faudrait impliquer l’IG et les Ministères après la formalisation de propositions concrètes.
FORESTAL Ch. prend la parole et présente le Collectif FLE-FLS ainsi que les points importants à aborder pour cette première rencontre.
Deux questions se posent :
· Le premier point concerne la mission FLE/FLS, la définition des contenus d’enseignement, les certifications, la reconnaissance de la formation, et les champs d’intervention dans le public et dans le privé ;
· Le seconde point concerne les personnels qui enseignent : la reconnaissance de leur formation et de leurs diplômes, leur statut, la précarité, la mise en place d’un référentiel professionnel qui devrait permettre la mise en place d’une branche professionnelle ( reprise de la proposition de Jean-Pierre Adami, représentant de la CGT lors des Etats Généraux du FLE-FLS).
Elle rappelle quelques statistiques : 8% des élèves sont issus de l’immigration, 40 000 primo-arrivants chaque année, 180 000 adultes ayant des besoins de formation en FLE. Il n’y a pas eu jusqu’ici de débat parlementaire ni syndical. Par conséquent cette réunion répond à la nécessité que tous s’expriment pour mettre en place une plate- forme commune générale et élaborer des propositions concrètes pour la rentrée de septembre. Une prise de position commune est urgente, notamment en ce qui concerne le personnel enseignant tant dans le public que dans le privé.
Elle fait un bref historique concernant quelques points forts:
- En 1979, il y a eu déclenchement d’un mouvement de protestation contre la situation des enseignants vacataires. Tous les centres universitaires de FLE se sont mobilisés. L’action a abouti à une intégration de ces vacataires, à la loi Anicet Lepors puis l’amendement du décret Santrot en 1982. Depuis il n’y a plus eu de plan d’intégration
- En 1981 la commission AUBA met en place les filières FLE. Paradoxalement la mise en place de cette filière n’a pas interrompu la vacatarisation des enseignants de Fle et n’a pas davantage favorisé la reconnaissance statutaire des enseignants ( ex : situation du CUEF de Perpignan).
On assiste dans tous les secteurs, dans le public mais aussi dans le privé, à une aggravation de la précarisation des personnels et cela à un moment où les besoins augmentent. C’est la raison pour laquelle le 26 janvier 2005 se sont tenues les Assises du FLE/FLS. Celles- ci ont permis la mise en place d’un collectif FLE/FLS qui a tenu ses Etats généraux les 16 et 17 janvier 2006 à la Mairie de Paris et au FIAP Jean Monnet. Le compte rendu de ces EG a été transmis aux syndicats de la FSU et reste disponible en ligne. Une décision importante a été prise après débat : renoncer à mettre en place une nouvelle association et s’appuyer sur les forces existantes notamment les associations et les syndicats.
Pour ce qui est des associations elles sont pour une bonne part représentées par certains membres du collectif FLE-FLS ici présent.
Chantal FORESTAL, se propose de présider la réunion et commence par faire un tour de table pour présenter les principales responsabilités et compétences des membres du collectif ici présents.
Gérard ASCHIERI G (FSU) souligne que c’est une réflexion à plusieurs variables et qu’il est besoin de confronter les différents points de vue (en vue du prochain congrès). Il donne son accord de principe sur la constitution d’un groupe de travail tout en faisant remarquer qu’un engagement plus approfondi dépend de sa hiérarchie et devra attendre le congrès. Les deux axes de la problématique devront être pris en compte. Et notamment les différentes missions FLE-FLS qui justifient cette activité en France mais aussi à l’étranger pour l’accueil aux migrants.
La parole est donnée à Jean BELLANGER, Président de l’ AEFTI (Association pour l’Enseignement et la Formation des Travailleurs Immigrés et de leurs Familles).
J. Bellanger tient à préciser qu’il est très intéressé par une collaboration de sa Fédédération avec l’ Université et le secteur éducatif. A l’origine le secteur migrant était un secteur qui relevait de la cause humanitaire, avec des bénévoles formés sur le tas. Par la suite, une phase de prise de conscience du « métier » a abouti à la création d’un comité permanent professionnel interne, ce qui a permis une confrontation importante et la reconnaissance du métier utile socialement. Donc l’AEFTI poursuit ces mêmes objectifs en étant présente dans le collectif FLE/FLS. Jean BELLANGER rappelle que l ‘AEFTI a déposé « Un projet de loi relatit au droit de la formation à la langue nationale de la société d’accueil ». Il souhaite à ce sujet être davantage soutenu par les délégations syndicales.
FORESTAL Ch. reprend la parole pour rappeler l’initiative entreprise en direction de la 7e section du CNU, Conseil national des universités («Sciences du langage »). Elle rappelle qu’un argumentaire a été proposé pour compléter l’intitulé de la 7e section qui devrait permettre de mieux prendre en compte une discipline d’intervention : « la didactique des langues-cultures » et plus particulièrement certains aspects négligés jusqu’ici par la formation universitaire : la formation de base, l’alphabétisation, la formation des migrants. Le CNU remet sa décision à la prochaine session en octobre et souhaite qu’entre temps l’ensemble des didacticiens se prononcent. Une première consultation a eu lieu à Saint - Etienne lors la réunion annuelle des responsables des filières FLE. Les 27 responsables présents se sont prononcés pour le changement d’intitulé « Sciences du langage et didactique des langues-cultures » (un contre et une abstention).
Serge BORG (CLA - Centre de Linguistique Appliquée de Besançon – Université de Franche - Comté), Président de l’ADCUEF (l’Assemblée des Directeurs des Centres Universitaires signale que lors de la réunion annuelle du 23 juin 2006 s’est prononcée à l’unanimité pour l’adoption du nouvel intitulé de la 7e section, à savoir : « Sciences du Langage et didactique des langues ».
Il tient à souligner que dans les centres universitaires, il ne devrait pas y avoir de précarité puisque suivant les dires de certains Présidents d’Université et selon les règles de la fonction publique, les postes devraient être occupés par des titulaires (concours : MCF, PRAG, PRCE) ou par des contrats d’établissement. Le FLE n’ayant pas, à ce jour, de reconnaissance statutaire (absence de concours dans cette discipline), il ne peut donc y avoir de titulaires qu’ils soient MCF, PRAG, ou PRCE...Il faut donc passer le CAPES, l’Agrégation d’une autre discipline ou postuler en 7e section des Sciences du langage (profil linguistique) pour enseigner le FLE, ce qui est un paradoxe qui a trop duré et qui, devant les enjeux sociaux et internationaux que représente la discipline « didactique des langues », doit maintenant évoluer vers sa pleine reconnaissance.
Les centres universitaires, de leur côté, ont des obligations de rendement dans la mesure où des pans entiers de leurs fonctionnements sont sur fonds propres (secrétariats, équipements, etc.). Il y a par conséquent une très forte ambiguïté dans le secteur qui est un hybride de public et de privé et où se pose une réelle problématique identitaire au sein de l’université. Il faut donc impérativement redéfinir le champ, ce qui est de l’ordre du droit, du social et de la réalité à la fois scientifique et professionnelle.
Gérard RIBOT, Président du « Groupement des centres de Fle » ( Montpellier) commence par souligner que c’est la mission de formation qui unit les personnes ici présentes.
Le problème est complexe parce que les frontières entre les secteurs public/ privé / semi-public sont floues, et que l’intégration et les possibilités de formation professionnelle sont fort variables.
Il existe plus ou moins 120 centres en concurrence, aux statuts juridiques divers : universitaire/ associatif/ scolaire/ consulaire/ culturel… A cette diversité des établissements correspond une diversité des publics qu’ils accueillent, des conventions collectives qui régissent l’emploi de leurs salariés,
Si le FLE est un secteur où règne une vive concurrence entre les centres, publics et privés, il est aujourd’hui de l’intérêt de tous de se reconnaître une communauté d’intérêts afin de pouvoir réagir aux nouvelles orientations politiques gouvernementales qui suscitent interrogations et inquiétudes parmi les professionnels.
Le ministère des affaires étrangères a ainsi mis en place en 2005 des Centres pour les études en France (CEF) dans 6 pays : Chine, Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal et Vietnam ; 6 autres sont créés en 2006 : Mexique, Corée du Sud, Liban, Cameroun, Madagascar et Turquie.
L’objectif affiché des pouvoirs publics est de « renforcer la compétitivité de la France sur la scène internationale en matière d’enseignement supérieur en améliorant la qualité des services offerts aux étudiants étrangers désireux d’étudier en France, et en facilitant leurs démarches administratives et pédagogiques ».
A terme, c’est plus de 70 % des étudiants étrangers demandeurs de visas qui seront concernés, avant une éventuelle généralisation du dispositif.
Des mesures restrictives et dissuasives
Les conditions dans lesquelles est actuellement mis en place ce dispositif suscitent cependant les plus vives inquiétudes parmi les responsables de centres de FLE (Français Langue Etrangère) qui accueillent tout au long de l’année des étudiants de tous pays venus en France pour apprendre le français.
La mise en place des CEF s’accompagne en effet de mesures restrictives, voire dissuasives pour l’obtention d’un visa, l’étudiant qui en fait la demande ayant désormais à justifier d’un « projet d’études », soit une inscription dans un cursus d’études supérieures en France.
Aux termes de ces dispositions, un étudiant étranger désireux de venir en France apprendre le français pour une période supérieure à 3 mois, sans nécessairement justifier de ce « projet d’études » , se voit ainsi refuser son visa.
Ces nouvelles dispositions sont déjà appliquées par les services consulaires français à l’étranger et depuis plusieurs mois, les cas de refus de visa se multiplient à l’encontre d’étudiants à qui l’on conseille même de rester dans leur pays pour y apprendre le français.
Le 8 mars dernier, une délégation du Groupement des centres de FLE a été reçue en audience à la sous-direction de la coopération universitaire du ministère des Affaires étrangères.
Cet entretien a été l’occasion d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les graves conséquences de ces nouvelles restrictions sur l’activité des centres de FLE en France, et de proposer que les formations dans ces centres soient intégrées aux critères d’obtention de visa pour les étudiants étrangers.
M. Antoine Grassin, directeur de la coopération universitaire et scientifique au ministère des Affaires étrangères, s’est engagé le 7 juin dernier à réunir dès que possible les interlocuteurs professionnels et ministériels concernés, après avoir convenu que toutes les incidences de ces nouvelles dispositions n’avaient sans doute pas été évaluées à leur juste mesure.
À ce jour, de plus en plus d’étudiants de tous pays, désireux de suivre une formation linguistique de plus de 3 mois en centres de FLE se voient refuser leur visa, et aucune réponse des pouvoirs publics n’a été apportée à l’inquiétude grandissante des professionnels.
Au-delà de l’activité des centres de FLE, et des milliers d’emplois qu’elle génère au prix d’une concurrence internationale acharnée, il en va de la place du français qui doit rester un facteur majeur d’attractivité de la France.
Par la nature de leur activité, les centres de FLE sont au premier rang de la promotion du français et de la France, dans le monde ; ils attendent légitimement des pouvoirs publics qu’ils leur permettent de remplir cette mission.
La CGT ( trois représentants) prend la parole et signale que l’appel d’organisation et d’appui a été entendu. Elle estime qu’il est important de se pencher sur cette question parce qu’elle correspond à la mission de service public.
Sur le comment travailler ensemble, elle pense que la mise en place d’un groupe est un bon moyen et que les revendications sont déjà bien avancées. Le travail à faire se déroule sur trois plans : public/ semi public et privé reste à s’organiser entre nous.