Domaine : Enseignement supérieur
Rubrique : Recherche
L'essentiel des publications scientifiques françaises bientôt en libre accès
Le CEMAGREF, le CNRS, l'INRA, l'INRIA, l'INSERM, l'IRD et la CPU sont en passe de
signer un protocole d'accord national pour l'utilisation d'une plateforme de dépôt et
de publication commune à l'ensemble de la communauté scientifique et accessible sur
l'internet. Cette plateforme baptisée HAL (hyper article en ligne) a été créée au
CNRS en 2000 sous l'impulsion de Franck Laloë, actuel directeur du CCSD (Centre pour
la communication scientifique directe), une unité de service de l'établissement. Elle
permet dès à présent aux chercheurs de déposer en ligne leur production
scientifique (texte intégral, notices, références bibliographiques…) tout en
respectant les contraintes du copyright qu'impose la publication parallèle de ces
mêmes articles dans les revues scientifiques. "Nous sommes en train de nous donner les
moyens d'avoir une vraie photographie de notre production scientifique nationale"
assure Laurent Romary, directeur de l'information scientifique au CNRS, qui parle d'une
initiative "unique en Europe".
HAL, conçu au départ pour les physiciens, a été adapté pour recevoir des
publications d'autres disciplines, moyennant des environnements adaptés qui permettent
de rentrer des "métadonnées" (l'ensemble des informations ajoutées aux documents
pour les qualifier) spécifiques à chaque discipline. Le répertoire comprend
aujourd'hui quelque 20 000 publications en plein texte. Il pourrait évoluer vers un
statut de GIP (groupement d'intérêt public) comprenant d'autres établissements de
recherche français. Cette base a donc vocation à être utilisée au moins par
l'ensemble de la communauté scientifique française pour toutes les publications qui
ne sont pas soumises à des clauses de confidentialités. HAL va notamment permettre de
construire des archives publiques avec une nomenclature exacte et normalisée. Il est
possible à partir du serveur de classer les publications par université, par
organisme, par laboratoire, par domaine, etc.
BASE PLURIDISCIPLINAIRE
La nouveauté apportée par HAL est de pouvoir s'adresser à toutes les disciplines.
"Certaines universités britanniques ou américaines ont mis en place leurs propres
archives institutionnelles mais le problème est qu'elles ne le font pas forcément au
même format. Pour une fois le jacobinisme français a ses avantages!" note Jean-Pierre
Verjus, directeur de l'information scientifique et de la communication à l'INRIA
(Institut national de recherche en informatique et en automatique). De fait, il
n'existe pas actuellement d'autres systèmes d'archives ouvertes pluridisciplinaires à
vocation nationale. La répartition des "entrées" (articles, notices, etc.) entre
disciplines est aujourd'hui la suivante: 25% en SHS, 24% en physique, 16% en
informatique, 14% en mathématiques, 7% en sciences de l'univers, et 14% pour les
autres disciplines. De mars 2001 à mars 2004, le rythme mensuel de dépôt sur HAL
tournait autour de 100. Ce rythme a progressivement augmenté pour atteindre 4 000
aujourd'hui, dont un millier de textes intégraux. L'INRIA, qui a rejoint HAL en 2003,
a par exemple dépassé le millier d'entrées en fin d'année 2005 dont un peu plus de
la moitié en "plein texte", indique Jean-Pierre Verjus.
Franck Laloë ajoute que "le plus grand enjeu est désormais de pouvoir coupler le
système avec ce qui existe dans les autres pays". Il souligne que la multiplicité des
archives institutionnelles existant ailleurs les rend moins utilisables. En France, la
création de HAL a été imposée par la complexité du système de recherche,
notamment l'existence des UMR (unités mixtes de recherche) avec leurs tutelles
multiples: "On ne pouvait pas demander aux chercheurs de déposer leurs articles dans
une archive institutionnelle (liée à un établissement), car ils auraient dû
déposer le même article dans autant d'archives institutionnelles que
d'établissements auxquels son unité est affiliée."
COMPLÉMENTAIRE DES REVUES SCIENTIFIQUES
HAL a vocation à recueillir les publications avant et éventuellement après leur
parution dans une revue scientifique. "Il faut bien distinguer l'archivage et le mode
de publication. Les publications déposées sur HAL sont validées au moment de leur
dépôt pour s'assurer qu'il s'agit bien d'un outil utile à la communauté
scientifique mais HAL est un répertoire", précise Laurent Romary. HAL ne joue donc
pas le rôle d'un éditeur. Les chercheurs ou enseignants-chercheurs peuvent déposer
leur publication et la rendre intégralement accessible, ou bien ne déposer que des
notices bibliographiques ou encore déposer une publication avec un embargo, notamment
pour respecter une clause d'exclusivité auprès d'un éditeur. "Les archives ouvertes
ne sont pas une arme de guerre contre les publications scientifiques. HAL est un outil
complémentaire des revues scientifiques. Les chercheurs ont besoin des revues à
comité de lecture pour être reconnus, évalué et promus" souligne Franck Laloë.
La plateforme est également ouverte à la communauté scientifique internationale.
N'importe quel chercheur étranger peut venir soumettre une publication qui sera
intégrée à la base après une rapide vérification de son contenu et de
l'appartenance officielle de son auteur à un laboratoire de recherche. Par ailleurs,
lorsqu'un chercheur français dépose une publication dans HAL, il peut demander à ce
qu'elle soit accessible depuis le portail américain ArXiv. Pour Laurent Romary un
autre avantage de ce répertoire est de "garantir l'homogénéité éditoriale des
publications et de permettre aux laboratoires de travailler sur les mêmes référentiels".
Le principe des archives ouvertes trouve son origine au début des années 1990, aux
États-Unis, au sein de la communauté des physiciens. Les physiciens cherchaient
notamment à se réapproprier la communication scientifique par le biais d'internet,
pour raccourcir les délais de publication dans les revues scientifiques qui sont de 6
mois à 1 an, explique Jean-Pierre Verjus. Ils ont ainsi créé ArXiv, premier site
d'archives ouvertes. Franck Laloë s'appuiera sur l'expérience d'ArXiv pour mettre en
place le CCSD conçu pour diffuser vers d'autres disciplines les techniques nouvelles
de communication scientifique qui fonctionnaient bien en physique.
VERS UNE ÉVOLUTION DU MODÈLE ÉCONOMIQUE
De son côté Jean-Pierre Verjus se dit convaincu que les archives ouvertes conduiront
les éditeurs scientifiques à faire évoluer leur travail: "C'est aussi l'augmentation
progressive et continue du prix des journaux scientifiques qui a conduit à ce
mouvement de réappropriation par les chercheurs de leur production scientifique", à
travers le mouvement du "libre accès". "Autrefois, les chercheurs envoyaient leur
texte aux éditeurs sous forme manuscrite. Aujourd'hui, ils envoient un texte déjà
mis en forme. Ce qui était légitime il y a trente ans ne l'est plus aujourd'hui: les
scientifiques payent les éditeurs pour un service qu'ils ne leur rendent plus
totalement. À terme, les éditeurs seront probablement amenés à améliorer la
qualité du travail qu'ils fournissent en rémunérant par exemple leurs relecteurs.
Aujourd'hui, ce travail des relecteurs est en grande partie bénévole alors que les
utilisateurs (les lecteurs) paient tout comme les auteurs des articles."
Outre les bénéfices que les scientifiques peuvent espérer des archives ouvertes en
termes d'économie et de rapidité, une base comme HAL offre aussi l'avantage de donner
de la visibilité aux travaux des chercheurs et aux organismes. La place des
établissements de recherche et d'enseignement supérieur français au sein des
différents classements internationaux fait actuellement débat. Elle est rendue plus
complexe notamment à cause des affiliations multiples des laboratoires dont les
chercheurs ne signent pas toujours au nom de tous les établissements dont leur unité
dépend et ce malgré les consignes de leurs établissements de tutelle. Si tous les
chercheurs et enseignants-chercheurs utilisaient HAL, la visibilité de leurs
établissements respectifs en sortirait peut-être renforcée. Autre avantage: HAL
permet d'assurer la pérennité des documents qui y sont hébergés. Les standards
bougent, souligne Laurent Romary mais en faisant les modifications sur une seule base,
la mise aux normes est plus rapide et plus simple.
Contacts:
- INRIA, Vincent Coronini, 01 39 63 57 29,
<mailto:vincent.coronini@inria.fr>vincent.coronini@inria.fr
- CNRS, Martine Hasler, 01 44 96 46 35,
<mailto:martine.hasler@cnrs-dir.fr>martine.hasler@cnrs-dir.fr
Lire aussi:
- Archives ouvertes: les universités s'intéressent à ce mode de communication
scientifique (L'AEF du 07/11/2005,
<http://www.l-aef.com/script_php/accesabonne/visualisation_article.php?art_id=57731>57731)
- Quatre des principaux organismes de recherche français s'organisent pour favoriser
le "libre accès" aux résultats de la recherche (L'AEF du 23/03/2005,
<http://www.l-aef.com/script_php/accesabonne/visualisation_article.php?art_id=51523>51523)
- Publications scientifiques: un rapport parlementaire britannique recommande
d'étendre les expérimentations sur les revues gratuites en ligne (L'AEF du
21/07/2004,
<http://www.l-aef.com/script_php/accesabonne/visualisation_article.php?art_id=45257>45257)
- L'association Couperin publie un "manifeste" pour promouvoir une alternative aux
principaux éditeurs scientifiques (L'AEF du 13/07/2004,
<http://www.l-aef.com/script_php/accesabonne/visualisation_article.php?art_id=45118>45118)
- Vers une amélioration du marché de la publication scientifique en Europe (L'AEF du
15/06/2004,
<http://www.l-aef.com/script_php/accesabonne/visualisation_article.php?art_id=44279>44279) Dépêche n° 61542 © Copyright L'AEF -
1998/2006.
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