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 Pour la reconnaissance officielle de notre discipline

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Jacques
Invité



MessageSujet: Pour la reconnaissance officielle de notre discipline   Jeu 25 Mai - 10:00

Chantal Forestal et Christian Puren proposent une réflexion approfondie concernant la reconnaissance officielle, en France, de notre discipline. L'excellent texte qu'ils ont co-écrit, et qui sera débattu en commission le 24 juin, mérite d'être porté à la connaissance de toutes les revues du GERFLINT car il est probable que des problématiques analogues sont posées un peu partout. Ici, comme ailleurs, la solidarité internationale pour la reconnaissance de notre discipline paraît indispensable
Jacques Cortès

POUR UNE 7e SECTION DU CNU :
« SCIENCES DU LANGAGE ET DIDACTIQUE
DES LANGUES-CULTURES »

Introduction :
pourquoi la demande d’un nouvel intitulé ?

Il nous paraît indispensable que l’actuel CNU des Sciences du Langage atteste symboliquement de l’émergence, depuis les années 80, d’une discipline d’accueil, de soutien et de service concernant l’apprentissage des langues et l’éducation aux langues-cultures, à savoir la « Didactique des langues-cultures » (DLC). Par opposition à la Linguistique Appliquée qui était « orientée produit » dans la mesure où elle donnait la priorité à l’objet langue (considéré en tant que système), la DLC place au centre de son projet les sujets apprenants considérés comme les acteurs principaux de leur propre processus d’appropriation d’un objet complexe, la langue-culture étrangère, tout en intégrant à sa réflexion les problématiques collectives de type social, politique, économique ou idéologique.
Les apprenants sont des sujets concrets avec leurs particularités (leur histoire, leur culture, leurs représentations, leur projet,…), leurs demandes, attentes, besoins et objectifs et leur environnement (la société d’accueil, leur cadre de vie, l’établissement, etc.). Désormais l’enseignement-apprentissage du français concerne des publics extrêmement diversifiés tels que les élèves nouvellement arrivés en France (ENAF) relevant de l’intégration scolaire, migrants adultes relevant de l'intégration sociale et de l’insertion professionnelle, étudiants étrangers venus suivre des études en France. À l’étranger, les demandes et attentes sont aussi très différentes selon qu’il s’agit d’élèves non francophones de pays dont le français est une langue officielle, d’élèves étrangers dans des établissements français ou internationaux, ou encore d’adultes souhaitant se donner les moyens d’un contact direct avec la culture française ou utiliser le français dans leur vie professionnelle. En même temps, tous ces enseignements-apprentissages posent des questions telles que la conception de la société, la politique linguistique intérieure et extérieure, la relation entre recherche et enseignement universitaires d’une part, professionnalisation de l’autre.
Ce sont précisément ces multiples dimensions que la DLC s’efforce désormais de prendre en compte dans toute leur complexité.

1. Didactique des langues et didactique des cultures : l’émergence d’une nouvelle épistémologie. Certes la linguistique reste une référence majeure de la DLC mais celle-ci apporte à l’inverse sa contribution à la connaissance du langage par le biais de l’enseignement et de l’apprentissage des langues. C’est d’ailleurs ce qui explique que la DLC attire de plus en plus d’étudiants et de jeunes chercheurs issus de formations de langues vivantes.

Or cette discipline a su se doter depuis une trentaine d’années d’un système conceptuel propre de plus en plus autonome. Elle se retrouve à l’étroit dans les cadres académiques de l’institution universitaire traditionnelle, et notamment celui de la 7e section du CNU telle qu’elle est encore conçue par certains et telle qu’elle fonctionne encore trop souvent.

La DLC en effet se refuse à séparer langue et culture, veut assumer toutes ses responsabilités vis-à-vis des enjeux tant personnels que sociaux (ceux de l’éducation et de la professionnalisation, en particulier), se pense dans le cadre d’un projet humaniste de promotion de la diversité des langues-cultures à l’échelle nationale, européenne et mondiale.

Ce n’est pas un hasard si ce que l’on appelle « le paradigme de complexité » a émergé depuis quelques années dans la conception de cette discipline. S’opposant à tout réductionnisme abstrait à partir de descriptions objectivante du seul objet langue, certains didacticiens y ont mis en avant son projet fondamental d’intervention contextualisée. Il s’agit d’assumer le réel au nom de la complexité, de pratiquer le décloisonnement systématique de l’espace étudié, et d’en accepter parfois des solutions incomplètes, diverses,…». L’apparition de concepts tels que ceux de « didactologie », d’« éco-méthodologie » ou de « didactique multipolaire », l’intérêt porté sur des phénomènes tels que l’éclectisme ou les phénomènes d’ « interdidacticité » témoignent de l’émergence d’une « didactique du complexe » qui se propose d’aider les acteurs à construire eux-mêmes sur le terrain leurs réponses pratiques à des questions aussi multiples et hétérogènes qu’évolutives, imprévisibles et contradictoires. Pour leur donner les moyens de mettre en place des « antagonismes adaptatifs », il faut travailler sur les interfaces langues-cultures, relier les problématiques entre elles, poursuivre la réflexion épistémologique sur de nouveaux concepts tels que les « problématiques adaptatives », la « pédagogie du conflit » ou le « conflit éthique ».

2. Didactique des langues-cultures et promotion des valeurs
L’objet de la DLC est la langue-culture, mais son projet intègre une dimension fondamentale de type éthique, celui de l’éducation aux langues-cultures et à travers elle la promotion de valeurs universelles telles que la liberté, l’esprit critique,le respect de l’Autre et l’égalité. C’est pourquoi cette discipline s’intéresse depuis quelques années aux travaux des praticiens de l’interculturel dans les rencontres internationales (J. Demorgon) ou le travail social (Gilles Verbunt), ou encore à des sociologues tels que Bernard Lahire, qui partagent l’idée que toute culture particulière doit se situer par rapport à une culture universelle à réinventer.

3. Didactique des langues-cultures et reconnaissance professionnelle des enseignants
La DLC en tant que discipline d’intervention souhaite assumer ses responsabilités vis-à-vis des enseignants-formateurs qu’elle forme et des diplômes délivrés à la sortie de ses formations universitaires. Les enseignants certifiés en FLE-FLS appelés à enseigner dans l’ensemble du système éducatif et des centres de formation sont en majorité des « hors-statuts ». Chaque année, des dizaines de collègues changent de métier pour éviter la précarité, alors qu’ils ont suivi des formations exigeantes et qu’ils répondent à une demande sociale en constante expansion. C’est là un énorme gâchis d’intelligence, au moment même où la « matière grise », comme l’on dit, est devenue le facteur décisif dans la compétition internationale.

On sait par ailleurs que l’enseignement aux publics en difficulté est majoritairement donné en France, dans le primaire et le secondaire, par des professeurs non qualifiés en français langue étrangère ou seconde parce qu’ils ont préparé le CAPES de Lettres classiques ou le CAPES de Lettres modernes, qui sont des concours de français langue maternelle ; et pour l’enseignement aux adultes dans le secteur public (Centres universitaires) ou du secteur privé, par des personnels souvent très bien formés aux publics FLE-FLS, mais qui souvent se trouvent en situation précaire (contractuels et vacataires).

Depuis un certain temps, nous avançons un certain nombre de propositions alternatives pour sortir de cette situation qui n’est plus supportable :

Création de licences professionnelles en langues afin de préparer au concours du Professorat des écoles les futurs candidats, qui seront tous appelés en principe à enseigner des langues étrangères ou régionales à l’École élémentaire.

Création pour l’enseignement secondaire (général, technologique et professionnel) et le supérieur (centres de FLE-FLS) de nouveaux concours.

Aménagement des actuels concours de langues vivantes étrangères (anglais, espagnol, arabe, chinois, etc) et de langue maternelle (Lettres modernes et Lettres classiques) par des options conséquentes.

Création d’un CAPES « bi-langue » qui favoriserait la mobilité professionnelle grâce à une formation tout autant à l’enseignement du FLS en France qu’à l’enseignement du FLE à l’étranger, et qui serait largement ouvert aux nouveaux dispositifs d’enseigne¬ment tels que l’enseignement à distance ou le tutorat en Centres de ressources multimédia.

Extension de la Validation des Acquis d’Expérience (VAE), déjà mise en place pour les formations et diplômes universitaires.
La question des Masters doit être reposée dans cette perspective de reconnaissance statutaire des formations FLE-FLS. Ces nouveaux diplômes auraient dû être en FLE-FLS l’occasion de proposer des parcours adaptés à la diversité des publics du FLE-FLS et visant l’acquisition de réelles compétences professionnelles ciblées par rapport à la demande du terrain et au marché de l’emploi, comme l’alphabétisation et la formation continue en entreprise. Ils ont été au contraire l’occasion, pour certains Départements de Sciences du Langage qui accueillaient les formations FLE, d’opérer, en majorant la part de contenus à visée strictement linguistique, un infléchissement du cursus remettant en cause les objectifs de la formation professionnelle des futurs diplômés en Didactique des Langues-Cultures.

Ce n’est pas parce qu’elle ne peut être envisagée que sous le mode de l’interdisciplinarité et dans une perspective professionnelle d’intervention sur le terrain que la DLC peut se voir refuser une légitimité épistémologique en tant que discipline de plein droit et de plein exercice universitaire. Certes, la multiplication des recherches liées à des environnements d’enseignement-apprentissage extrêmement divers l’ont amenée constamment à se nourrir à bien d’autres disciplines que les Sciences du Langage (par exemple dès la fin du XIXe siècle à la psychologie de l’enfant, actuellement à l’anthropologie culturelle, la linguistique acquisitionnelle, la sociologie, les sciences de l’éducation, la philosophie,…). Mais, contrairement à des accusations qui ne peuvent être fondées que sur l’ignorance, elle est parvenue actuellement à se constituer en une véritable discipline avec :

son domaine : l’enseignement-apprentissage des langues-cultures et les différents acteurs qui y interviennent : les apprenants, les enseignants (en tant qu’individus, associations ou syndicats), les auteurs de matériels, les responsables politiques, administratifs et pédagogiques de l’institution scolaire, les parents d’élèves (individus et associations), les formateurs ;

son objet : le double processus conjoint d’enseignement et d’apprentissage des langues et des cultures ;

son projet : l’amélioration permanente de ce processus ;

sa problématique : l’ensemble interrelié des questions fondamentales suivantes : qui ? (l’enseignant), à qui ? (les apprenants), pourquoi ? (les finalités et les objectifs), quoi ? (les contenus), avec quoi ? (les outils), dans quelles conditions ? (l’environnement), comment ? (la méthodologie) ;

ses outils à savoir un ensemble original :

a) de concepts, comme par exemple, outre ceux cités plus haut, ceux de lexiculture, lecte d’apprenant, grammaire intermédiaire, interlangue, interculturel, transculturel, co-culturalité, objectif social de référence, compétence plurilingue, méthode dans le sens d’unité minimale de cohérence méthodologique, tâche dans le sens d’unité minimale de cohérence au sein de l’agir d’apprentissage, etc. ;

b) de modèles, par exemple le modèle objet-sujet avec ses modes de relation complexe (continuum, opposition, évolution, récursivité,…), le modèle d’évolution des conceptions de la relation enseignement-apprentissage (réception, immersion, action, réaction, construction), le modèle des oppositions méthodologiques fondamentales (méthodes directe/indirecte, analytique/¬synthétique, inductif/déductif, onomasiologique/sémasiologique,…), le modèle d’évolution des objectifs sociaux de référence (lire, parler sur, parler avec et agir sur, vivre avec, agir avec), etc. ;

c) et de cartes conceptuelles, ou réseaux dynamiques de concepts, qui fonctionnent comme de véritables « théories » dans les domaines, comme celui de la DLC, qui relèvent plus de l’analyse qualitative que quantitative. C’est le cas par exemple de la dite « approche communicative », qui met en relation cohérente l’analyse des besoins, la centration sur l’apprenant, la compétence de communication (avec ses dimensions linguistiques, référentielles, pragmatiques, socioculturelles,…) et l’auto-évaluation ;

ses spécialistes universitaires : les didacticiens de langue-culture ;

ses formations universitaires, avec ses Masters Recherche et Professionnel, ses séminaires de doctorat et ses très nombreux colloques en France et à l’étranger ;

− enfin ses nombreux Centres de recherche, associations, revues, collections et sites Web très actifs.

Conclusion
Le déficit de reconnaissance universitaire que subit encore la Didactique des langues-cultures n’a vraiment plus aucune justification possible du point de vue de sa légitimité disciplinaire, sans parler de son utilité sociale. La reconnaissance de cette discipline − que nous souhaitons encore maintenir au sein d’un CNU commun avec celui des Sciences du langage, même si d’autres options sont envisageables − s’inscrit dans une logique « lourde » dont a bénéficié en son temps la linguistique.
Mais il y a urgence : les étudiants des filières FLE-FLS, les enseignants de langues en France et à l’Étranger, les formateurs universitaires et leurs doctorants ainsi que les responsables des filières FLE-FLS, constatent des dysfonctionnements et s’interrogent/nous interrogent sur la meilleure stratégie à mettre en œuvre. Celle-ci nous semble devoir passer en particulier par un nouvel intitulé plus complet et plus précis de la 7ème section du CNU : « Sciences du Langage et Didactique des Langues-Cultures » et c’est pourquoi nous la sollicitons.

Chantal Forestal et Christian Puren, avril 2006.
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MessageSujet: Reconnaissance de la DLC   Dim 28 Mai - 22:56

Je pense que le vote de ce texte consituerait une avancée historique en France pour les sciences du langage.
je ne sais pas quel est le statut de la DLC chez vous , ce serait interesssant de faire un petit tour de planisphère gerfint à ce sujet.
Bien amicalement
Nicole
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